RECAP' 2021


Marathon de Charleval (03avril / 42km)


 

Bonjour chers Taureaux,

 

On le sait: on vit vraiment une drôle d'époque, qui n'a rien de drôle justement. Parmi les nombreuses choses (plus importantes, certes) qui sont impactées, il y a aussi cette passion du running, qui nous réunit d'habitude, qu'on ne peut plus vraiment pratiquer comme on aime, c'est à dire en groupe/manade, éventuellement avec un dossard épinglé au maillot fuchsia..

 

En attendant le retour à la normale, il faut tenter de faire contre mauvaise fortune bon coeur, notamment en se faisant nos propres petits défis, comme les Taureaux l'avaient fait durant le "Challenge des TAC'confinés" ou encore Annick & Thomas en courant le 'Charlathlon'.

 

Moi-même je m'étais déjà fait quelques défis perso', avec aussi un marathon en solo, il y a pile 1 an. J'avais alors parcouru les 42,195kms en 3h04, un temps qui m'avait réjoui, mais aussi un peu laissé sur ma faim, sachant qu'on n'était vraiment pas loin de la mythique barrière des 3heures là, et que l'idée de pouvoir la passer un jour commençait à germer en moi; folle idée à laquelle notre Coach Sergio n'était pas étranger: il pensait que je pouvais le faire.. moi je ne le pensais pas.. mais pour vraiment le savoir, fallait le tenter, le tenter vraiment, totalement, à 100%, en mettant toutes les chances de mon côté.

 

Mon état d'esprit pourrait être résumé par la réplique de Jean-Clause Duss (dans Les Bronzés): "Oublie que t'as aucune chance. On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher", ou alors, pour ceux qui sont plus littéraires que cinéphiles, par la citation d'Oscar Wilde: "Il faut toujours viser la lune, car même en cas d'échec, on atterrit dans les étoiles".. Et donc, aux tout derniers jours de l'année 2020, voyant qu'hélas on repartait pour des mois sous cloche, j'ai décidé de remettre mes chaussures pour bitume et de tenter d'aller viser et décrocher la lune, qui était donc cette barrière des 3heures, qui me semblait pourtant inatteignable..

 

A partir de début janvier, c'était donc parti pour 3 mois d'entraînement, d'effort, de sacrifices aussi. 3mois hélas loin de la manade et de notre chère colline, pour mettre toutes les chances de mon côté et avoir aucun regret si le jour J (prévu début avril) ça ne passait pas. Durant ces 3 mois, j'ai suivi rigoureusement un plan marathon (que Thomas connaît bien..), sur lequel je m'étais déjà basé l'année dernière, mais en augmentant encore un peu la quantité (et qualité) des séances. J'en avais 5 par semaine, toujours sur du plat, au stade de Mallemort pour le fractionné, le long du canal EDF pour la majorité des autres séances, et en bas, vers la Durance, pour les sorties longues le weekend.

 

Soyons clair: ce n'était pas très rigolo ou excitant. Les séances de fractionnés je les terminais H.S., le goût du sang dans la bouche, les footings le long du canal étaient monotones au possible et les sorties longues bitumées me semblaient interminables, même si le merveilleux cadre que nous avons la chance d'avoir à Charleval faisait passer le temps un peu plus vite.

 

Les séances défilaient et les semaines aussi, petit à petit. Ca me manquait de recourir en manade ou de recrapahuter dans 'mon' Petit Luberon, mais le contexte sanitaire ne le permettant guère de toute façon, les regrets étaient moindres. Des amis, au courant de ma période de préparation stakhanoviste, m'envoyaient des messages d'encouragements, merci bien sûr à eux. J'avais hâte quand même d'arriver au jour J, en avril, histoire d'en découdre, et puis, qu'importe le résultat, de balancer ces chaussures de route dans le canal pour renfiler celles de trail..

 

Afin de maximiser mes chances de faire un bon chrono, y'avait bien sûr la préparation qui était importante, mais aussi l'organisation le jour J. Il y a un an, lors de mon 'Charlathon' en solo, c'était vraiment en 'solo tout seul': j'avais juste des bouteilles posées à même la route en guise de ravito' et un parcours de 5kms sur lequel je faisais des allers-retours. Y'avait moyen d'améliorer ça.. et de rendre ça plus convivial aussi.

 

Du coup, pour cette fois-ci, j'avais amélioré le parcours en m'inspirant grandement (aucun respect du copyright..) de celui de Thomas pour son 'Charlathon'. C'était une belle boucle paisible, plate, voisinant champs et écuries, et passant par Bonneval et la route des Pylones, et qui faisait 12kms. Autre grande amélioration: je n'allais plus être seul; en effet Mlle Tortue allait faire ces 42,195kms à mes côtés, en vélo (elle ne se sentait pas de le faire en courant.. On l'excusera pour ça.. [MERCI Tortue]), avec sur le porte-bagages mon ravitaillement. On s'élancerait donc à 2.. et finirait même à 3: Jean-Marie avait accepté de me servir de lièvre de luxe après la 1ère bloucle, et donc de m'accompagner, si possible, sur 30kms [MERCI JM]. Ca aussi ça allait être une aide précieuse pour continuer à tenir l'allure demandée, qui était un rythme un peu dingue quand même..

 

Parce que oui, pour espérer s'approcher voire passer sous les 3heures au Marathon, 'fallait pas chômer quand même: 42,195kms en 3heures, ça revient à du 14,1km/h, soit 4mn15s/km. Cette allure de 4mn15 pour chaque km, je l'avais longtemps tenue l'année passée, avant de rencontrer un douloureux mur sur la dernière demi-heure et de perdre des secondes puis minutes irrécupérables. Là on allait voir si je pouvais tenir ce rythme jusqu'au bout, si ces mois d'efforts allaient payer, si je pouvais aller décrocher la lune.. ou juste finir dans les étoiles..

 

Ca y'est: on est samedi matin, c'est le jour J. Je compte m'élancer à 8h pétantes (encore un sacrifice: pas de grasse mat'..), je trottine jusqu'à la ligne de départ virtuelle (route des Pylônes) et là qui vois-je avec un drapeau/t-shirt orange pour me soutenir: le 'Charlathonien' Thomas, qui était à ma place il y a quelques mois. Danke schön pour ça (et le reste). Et, juste avant de nous élancer, on voit Daniel, le beau Daniel, venir nous encourager aussi. Merciii à notre TAC d'Or.

 

Allez, 8h01, top départ. Objectif: finir avant 11h donc.. ou sinon le plus proche possible.. Si ce n'est pas la lune, autant que ce soit de belles étoiles.. Je rentre dans ce rythme, que je connais par coeur maintenant, en vérifiant quand même fréquemment sur ma montre si c'est le bon. Les conditions sont optimales, pas de vent, et pas trop de chaleur encore. Au bout de quelques kms une voiture s'arrête devant nous: c'est Sergio qui est passé pour me saluer et m'encourager, merci Coach.

Cette 1ère boucle (12kms) se fait sans souci, en pile 51minutes donc. Là, après avoir croisé les 1ers supporters, on retrouve la route des Pylônes, et donc Jean-Marie, qui allait se placer devant moi et rentrer dans la danse. Cool, me voici encadré par 2 'gardes du corps' désormais, c'est quand même bien plus sympa que seul avec ce fichu bitume..

 

On tient parfaitement le rythme, Jean-Marie controle régulièrement sa montre, je n'ai qu'à le suivre, tout en continuant à m'hydrater régulièrement et à prendre, avant que mon corps l'exige, un petit gel énergétique. Là ce n'est pas comme un trail avec de beaux singles, de rudes montées, de rapides descentes et autres passages amusants: on est certes dans un super décor, le Luberon à nos côtés, mais chaque kilomètre se ressemble et doit être fait à la même allure, y'a pas la place pour lever un peu le pied et baisser le rythme, il faut continuer encore et toujours à avaler ces kilomètres qui, petit à petit, nous amènerons à 42.. et aux 195 derniers mètres..

 

Le semi je le passe en 1mn29, c'est bon, on est dans les temps. Les 30kms sont bouclés en 2h06, toujours bon, même un peu en avance. Je continue à tenir l'allure demandée sans devoir trop forcer, mon rythme cardiaque ne s'emballe pas. Mais bon, là tous les Marathoniens le savent, le plus dur reste à faire. L'avantage de ce rythme élevé c'est que du coup les kms défilent plus vite, là, déjà, on est au 30ème km, il ne nous reste 'plus que' 50minutes environ.. Les 50minutes qui seront, je le crois/crains, très douloureuses..

 

Mais en fait ça continue à aller, j'arrive encore à faire un coucou aux supporters (Sabine, Raff', Thomas) et je suis étonné de voir qu'on arrive bientôt au 36ème puis même 40ème km, et que les jambes tournent toujours comme il faut. C'est là où je constate que l'entraînement et notamment les sorties longues (jusqu'à 32kms parfois) a porté ses fruits.

 

Fred', toujours en vélo derrière moi et qui immortalise tout ça, dit que ça va le faire, que ça commence à sentir bon. Moi je reste prudent, je m'interdit de crier victoire trop tôt, une explosion ou pourquoi pas une crampe pouvant encore se produire. Jean-Marie, lui, ne se pose pas ces questions et avance toujours à gros rythme, un peu plus rapide même que prévu. Ca me permet de creuser petit à petit de l'avance sur les 3heures et lorsque ma montre vibre au 40ème km je vois qu'on en est à 2h48m30s et qu'on a donc désormais une belle avance, qui devrait nous garantir d'arriver dans les temps sur la lune... euh, à la ligne d'arrivée virtuelle, route des Pylônes.. mais bon, je n'y crois pas encore, et je continue à être vachement concentré pour ne rien lâcher..

 

Ca y'est, dernier virage, on y est route des Pylônes, moins de 2kms de ligne droite maintenant. Et qui voilà? C'est Christophe, il rentre dans la danse à son tour et se place devant Jean-Marie pour nous booster jusqu'à l'arrivée, Merci Président/cousin. Plus que 1km désormais, Fred' crie que ça va le faire, qu'il faut que je fonce. Je reste dans l'allure, derrière Jean-Marie et Christophe, puis à 500m du but, j'accélère, mes jambes semblent le pouvoir, je fonce pour finir dans le meilleur temps possible. Et là, c'est carrément toute une manade qui est à mes côtés et à mes trousses, la section botanique du samedi, qui venait de finir sa sortie, me fait la surprise d'être là aussi, pour l'arrivée. Merciii les Taureaux!

 

Je sprinte en scrutant ma montre et le poing déjà levé (.."viser la lune, ça n'me fait pas peur...") on a passé les 42kms, mais 'faut les 195m restants aussi.. Je continue à sprinter, reregarde ma montre: 42,2kms, c'est bon, c'est fait, je peux arrêter ma montre, et aussi surtout enfin arrêter mes jambes.. C'est ce que je fais, les bras levés, avec un cri de joie/rage/soulagement. Je sais qu'a priori je le l'ai fait, que j'ai brisé cette barrière des 3heures, mais j'ai du mal à m'en rendre compte encore. Je regarde ma montre pour découvrir le temps final: 2h57m10s. Ca me semble irréel, c'est ouf. 2h57, c'est lunaire. La joie est énorme, plus forte encore que la fatigue, et plus grande que l'investissement que j'y ai mis durant ces longues semaines. J'suis sur/dans la lune, la tête un peu dans les étoiles aussi. Et bien sûr le fait de partager ça avec Mlle Tortue, mais aussi tous les Taureaux présents, rend le moment encore plus fort.

 

Et ces fadas m'ont même prévu un petit podium, et des bières pour arroser ça. C'est donc dans un champ, les pieds dans l'herbe, qu'on lève notre verre/gourde pour trinquer à cette nouvelle édition du 'Marathon de Charleval', qui ne sera sûrement pas la dernière.. euh, enfin pour moi oui.. du moins pendant quelque temps.. ça va, le bitume j'ai donné, je me languis maintenant de retrouver notre colline sans penser à 'X minutes le km', juste pour le plaisir, avec, si permis, des Taureaux à mes côtés..

 

Voilà, c'était le (très) long récit de mon 'Charlathon', un marathon où j'ai réalisé un de mes rêves running'stiques: passer sous les 3h. C'était dur, ça m'a demandé beaucoup d'efforts pendant de longues semaines, mais quel bonheur au final d'y arriver. Il avait raison Jean-Claude Duss, "sur un malentendu ça peut marcher". J'espère que ça pourra inspirer certains de tenter de folles choses aussi, de relever des défis qui semblent irréalisables, chacun à son niveau, afin de se projetter vers un joli but personnel, surtout en ces temps où on a du mal à voir loin..

Allez, soyons fous/réalistes, tentons l'impossible. Alors vous: quelle lune allez-vous viser/décrocher...?

 

Merci encore à tous, bises à vous les Taureaux, gardez la forme & le moral.

 

Stephane

 

 

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